Trop de promesses, le temps presse !

Le 23 juin 2014, lors de la dernière rencontre entre la préfecture et ses services, le conseil municipal et l’association “Lochwiller se soulève”, nous avions dénoncé l’inaction des pouvoirs publics. En effet, les mouvements de terrain induits par la réaction en sous-sol entre l’anhydrite et l’eau d’origine souterraine qui continue d’affluer ne pourront cesser tant que le colmatage complet du forage géothermique en cause n’aura pas été réalisé. Lors de cette rencontre, nous avions rappelé qu’il est urgent d’intervenir pour limiter les dégâts sur la commune de Lochwiller, mais la préfecture s’était défendue de ne pas pouvoir accéder à la tête de puits pour des raisons purement légales. La proposition d’établir une convention entre le propriétaire de l’installation géothermique en cause, la DREAL1 et le BRGM2 avait alors été faite. Cette convention devait permettre d’autoriser les services de l’État à intervenir sur la propriété des époux Kandel sans attendre le dénouement de la procédure judiciaire en cours. Le principe d’une telle convention avait été accepté par la DREAL et le BRGM, et un espoir de voir la situation évoluer dans le bon sens était né.

Banderole installée à l'entrée ouest de Lochwiller sur la D668

Banderole installée à l’entrée ouest de Lochwiller sur la D668

Cependant, cette approche qui satisfaisait tous les villageois a été tuée dans l’œuf ! En effet, le 21 juillet nous avons appris que la réunion qui devait se tenir le lendemain même et qui avait pour but de définir le déroulement des opérations était annulée par le BRGM. La raison invoquée par les services de l’État est l’assignation en justice du BRGM par l’entreprise SIKA qui a réalisé le colmatage partiel du forage, cette dernière ayant effectué ces travaux sur la base d’un cahier des charges établi par le BRGM. Ce cahier des charges qui prévoyait deux injections d’une résine à base de polyuréthane à -14m et -9m était probablement inadapté, la couche d’acquifère percée se trouvant bien plus profondément (-60m environ). Les rapports d’expertise démontrent que les mouvements de terrain ont débuté après le colmatage partiel du forage et non pas suite au forage loupé. Une éventuelle responsabilité du BRGM est ainsi clairement évoquée au travers de cette assignation en justice et nous nous demandons si ces travaux n’ont pas fait plus de mal que de bien.

Ainsi, alors que le village tout entier attendait avec impatience l’arrivée d’ingénieurs et de techniciens pour stopper l’arrivée d’eau souterraine, nous nous retrouvons contraints d’attendre encore et encore. Une première audience est prévue le 18 septembre 2014 au tribunal et, par conséquent, rien ne sera fait avant cette date dans le meilleur des cas. Pendant ce temps, les mouvements de terrain continuent, nos habitations se dégradent et nous sommes impuissants. Nos patrimoines s’évaporent et on nous explique que nous devrions attendre paisiblement que la justice désigne un responsable. Cette situation est tout simplement insupportable. Le préfet Stéphane Bouillon nous rappelait le 23 juin dernier que nous sommes dans un État de droit, mais les aspects administratifs et légaux nous exaspèrent et nous estimons que l’État se doit de faire le nécessaire pour mettre fin à tout ceci : il est inadmissible qu’un village entier soit pris en otage par cette affaire sans précédent en France.

Nous rappelons également que de grands enjeux politiques sont sous-jacents à cette affaire. Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, promeut très largement la géothermie qui doit permettre à la France de respecter ses engagement en terme de réduction d’émission des gaz à effet de serre. Cependant, la législation actuelle est inadaptée aux problèmes qui peuvent surgir lorsqu’un forage géothermique est mal réalisé : il faut savoir qu’un particulier qui fait appel à un professionnel pour effectuer un forage géothermique est, à ce jour, assimilé à un exploitant minier ! Ainsi, c’est sur le code minier, particulièrement dur pour l’exploitant, que repose toute la procédure. Coluche disait qu’en politique, les études c’est très simple, les études c’est cinq ans de droit, tout le reste de travers… nous le vérifions aujourd’hui, mais nous ne rions pas. Nous demandons qu’un cadre légal adapté soit très rapidement mis en place pour que ce qui nous arrive ne se reproduise plus.

Les mouvements de terrain sont toujours très rapides

Les mouvements de terrain sont toujours très rapides

Lochwiller est victime de la géothermie et les procédures juridiques et administratives peuvent durer de très longues années. Cependant, la Nature s’en moque et continue son œuvre destructrice. Nous avons entendu trop de promesses, aujourd’hui le temps presse !

1 DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement

2 BRGM : Bureau de Recherches Géothermiques et Minières

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